Il y a quelques jours, nous étions à Berlin. J’ai apprécié certaines choses. J’ai moins aimé d’autres. Parmi les choses positives dans cette ville de 3 millions d’habitants,  8 fois plus grande que Paris, je retiens les musées.

D’abord, j’ai trouvé que le nombre de musées était élevé. Ensuite, je me suis dit que ça ne servait à rien de tous les visiter. Après, j’en ai essayé quelques uns. Et au final, j’ai kiffé !

Deutsches Historisches Museum (Musée historique allemand) 

Nous étions venus pour apprendre des choses sur l’histoire allemande, et c’est ce que nous avons fait. Mais pas tout à fait comme nous pensions.

En arrivant, avant même d’entrer dans les locaux de l’exposition permanente, nous sommes tombés sur une exposition temporaire intitulée « Deutscher Kolonalismus« , qui veut dire « Le colonialisme allemand ».

Intéressés et intrigués, nous sommes entrés. Nous avons ainsi découvert le passé colonial de l’Allemagne. Malheureusement, nous n’étions pas autorisés à prendre des photos à l’intérieur mais je retiens qu’à la suite de la conférence de Berlin (1884) durant laquelle l’Afrique a été divisé comme une part de gâteau appétissant,  les Allemands « possèdent », entre autres, les territoires suivants:

Cameroun, Namibie , Togo , Tanzanie , Rwanda, Burundi , Papouasie nouvelle Guinée, Samoa et la région de Shandong en Chine.

En tant que francophone, j’ai tendance à penser systématiquement à la France lorsqu’on évoque l’esclavage ou la colonisation. Bien qu’elle soit l’une des nations ayant sauvagement tiré profit de l’Afrique, elle n’est pas la seule. Et cela, il ne faut pas l’oublier.

La conférence de Berlin c’est un peu comme le G20 aujourd’hui: une sorte de colloque pendant lequel les « grandes » nations débattent (de quoi ? C’est un autre sujet). En tout cas, au 19ème siècle, de Novembre 1884 à Février 1885, les nations occidentales ont débattu en long et en large de qui possédait quoi… en Afrique.  Les principaux intéressées, les Africains, n’étaient pas conviés. 

 Le fait que la conférence de Berlin ait eu lieu à Berlin, est déjà en soit, bien représentative de la position colonialiste de l’Allemagne. Mais, poursuivons.

Cameroun : Sans connaître les détails, je savais que le Cameroun avait été, au moins durant une partie de son histoire, occupée par les Allemands. D’ailleurs, une partie de la province du Woleu – Ntem, dans le Nord du Gabon, d’où je suis originaire, était rattachée au Cameroun et a, elle aussi, été occupée par les Allemands. Cette partie était appelée le « Neu Kameroun » (Nouveau Cameroun).

Parmi les grandes figures de la lutte contre l’impérialisme allemand au Cameroun, j’ai retenu le roi Rudolf Douala Manga Bell (1872 – 1914) et Charles Atangana (1883 – 1943). Tous les deux ont fait leurs classes en Allemagne avant de revenir dans leur pays, alors appelé Kamerun, allemand oblige.

Le 1er a été pendu en 1914 sous prétexte de haute trahison et dans un mini reportage présenté lors de l’exposition, j’ai pu voir et entendre une femme camerounaise regretter  que la mémoire de ces hommes soit si peu honorée. L’arbre sur lequel Manga Bell a été pendu a d’ailleurs été abattu sans aucune sorte hommage, il y a quelques années.

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Gabon : Dès que j’ai commencé à lire les récits sur le sud du Cameroun actuel et la présence allemande dans le territoire, je me suis souvenue des propos de mon père qui m’avait expliqué que le Woleu-Ntem avait été pendant une période, un « territoire allemand ». A l’époque, je n’avais pas forcément mesuré ce que cela signifiait. Et puis, un jour, alors que nous allions dans notre village, il m’a parlé de Minkebe et de Mimbeng.

Malheureusement, ces villes n’ont pas été citées dans l’exposition du musée de l’histoire allemande. Mais je vais vous présenter rapidement leur histoire, tristement célèbre :

  • A la suite du « Coup d’Agadir » en 1911, la France doit, malgré elle, céder une partie du territoire nord gabonais à l’Allemagne. Le Woleu-Ntem, ainsi qu’une partie de l’Estuaire deviennent des territoires allemands; à l’époque, Oyem, chef-lieu du Woleu-Ntem (aujourd’hui province gabonaise) se trouve sur le territoire camerounais (allemand). La ville de Mitzic, elle, se trouve en territoire français. (Voir cartes, source Google).

Mais en 1914, la France décide de récupérer « ses » terres gabonaises à l’Allemagne.

« D’Août 1914 à décembre 1915, 2169 hommes (militaires français) se retrouvent dans les tranchées et les forêts épaisses d’Oyem, Bitam, Minvoul, Medouneu, Cocobeach et Mitzic face à des allemands surpris par cet assaut fulgurant.

Parmi les miliciens français, des autochtones. Des fils de la région nord qui connaissent les secrets de la forêt, le langage du temps, des animaux et des végétaux. Mais ils connaissent aussi la langue parlée : le fang. Ce sont eux qui vont formuler la nouvelle stratégie : intégrer des autochtones dans le service de renseignements.  » *

* extrait d’un article publié sur le blog memoiresauveblog.wordpress.com, que je trouve vraiment génial.

Les batailles dont mon père m’avait parlées ont eu lieu à Mimbeng et à Minkebe. Et environ une centaine d’Allemands (y compris des gabonais, camerounais, oubanguiens) y a perdu la vie.

C’est ainsi que des autochtones qui n’avaient rien demandé se retrouvèrent  assassinées au cours de batailles, dont ils ne savaient rien, pour défendre des intérêts allant à l’encontre même de leur bien-être et de leur souveraineté.

Tant que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse seront toujours à la gloire du chasseur. 

Quand les Africains, les Camerounais, les Gabonais, vont ils apprendre à valoriser LEUR Histoire et l’enseigner à leurs enfants, avec leurs mots ?

Au fur et à mesure que j’avançais dans le musée, j’espérais que l’histoire contée par mon père se retrouve là, en  plein milieu de Berlin. Racontée à tous, mise à nue. Pourquoi ? Car je pense qu’il est important de raconter pour ne pas oublier.

Je pense que les récits historiques ne doivent pas être abordés d’un seul point de vue. Or, dans nos systèmes actuels, nos programmes scolaires, « nos » médias, qui relate les faits ? Sous quel prisme ?

Là, par cette après-midi ensoleillée mais froide, je suis partie, déçue de ne pas avoir pu « exister » dans un musée à plus de 6000 km de chez moi. Ma déception aurait-elle été aussi grande si j’avais eu la consolation de me dire que quelque part, chez moi, cette version de l’Histoire  était enseignée ? Sans doute. Mais combien de gabonais connaissent cette histoire ? De façon générale, combien d’entre nous connaissent NOTRE Histoire ?

Peut-être que si je savais que dans les cours d’Histoire du Gabon on racontait comment les Résistants gabonais, camerounais, togolais, africains, avaient lutté pour défendre leur territoire, je n’aurais pas ce goût amer.

Peut-être que si je n’avais pas à faire des pieds et des mains pour trouver un livre d’Histoire sur l’Afrique, qui raconte l’Histoire d’Africains, vus par les Africains, j’aurais été moins déçue.

Peut-être…

Pour l’heure, j’étais déçue, oui, mais j’étais surtout contrariée.

J’étais, et je demeure horrifiée en réalisant que des personnes vivant à plusieurs milliers de kilomètres ont pu s’accaparer si sauvagement les terres d’autrui. Quelle est donc ce manque d’humanité qui fait que l’on puisse tuer, maltraiter, déshumaniser à ce point des personnes, sous prétexte de leurs différences ou de leurs richesses ? Je n’ai jamais réussi à me l’expliquer et de toute évidence, ce n’est pas pour aujourd’hui.

Après avoir fait le tour de l’exposition, je l’avoue, le musée de l’histoire allemande nous a paru superflue, d’autant plus que les pièces étaient mal organisées. Il n’y avait pas d’ordre chronologique et nos jambes commençaient à flancher. Nous avons donc plutôt opté pour une pause casse – croûte, histoire de ravaler cette colère et cette frustration.

Neues museum (Nouveau musée)

C’est l’un des musées nationaux de Berlin situé sur « l’Île aux Musées ». Les collections sont centrées sur l’Egypte ancienne et la Rome Antique.

La pièce phare, celle qui attire de nombreux visiteurs chaque année, c’est le buste de Néfertiti, que vous pouvez voir en image (crédit photo: Google, les photos de cette pièce étant interdites).

Ce serait le visage féminin le plus célèbre au monde après la Joconde. Datant de – 1340 avant J.C, le buste a été découvert par l’égyptologue allemand Ludwig Borchardt en 1912 lors de fouilles à Tell el-Amarna (Egypte).

En dehors de cette oeuvre, d’une véritable beauté, il faut le dire, le musée comporte de nombreux papyrus, sarcophages et autres objets de la vie quotidienne en Egypte antique.

Il y avait même des objets de maquillage (kohl) et de coiffure (peigne, barrettes), un miroir, des bijoux.

J’ai été très émue de voir et de toucher (oui, je sais, on n’a pas le droit) certaines pièces vieilles de plusieurs millénaires. Les gravures et inscriptions sont parfois si intactes que l’on a du mal à croire qu’elles sont si vieilles.

Vous vous rendez compte: des sarcophages vieux de 3000 ans, des œuvres vieilles de plus de 4000 ans ! J’en avais des frissons.

Je ne sais pas si c’était l’émotion, mais une fois encore, j’ai été révoltée de voir que face aux pays occidentaux, personne n’a le droit de rechigner, ni de réclamer ses propres biens; Je suis tombée des nues en apprenant que l’Allemagne refusait catégoriquement de restituer le buste de Néfertiti à l’Egypte, d’où il est pourtant originaire ! Quel culot !

Depuis 1924, l’Egypte n’a cessé de réclamer la restitution du bien, jugeant qu’il est sorti illégalement du territoire. Mais les Allemands s’y opposent coûte que coûte. En 1933, c’est Adolf Hitler en personne qui s’y oppose !

A mes yeux, ce n’est ni plus ni moins que du vol ! Vol culturel, d’abord, vol économique ensuite. Quand on sait que plus d’un million de visiteurs viennent chaque année admirer le buste de la Reine, à raison de 12€ l’entrée, l’aspect financier ne peut être négligé.

Aujourd’hui encore, le sujet est  d’actualité puisque de son côté, la France refuse de restituer au Bénin des œuvres de son patrimoine culturel, présenté dans des musées en France.