En ce 8 Mars 2018, jour des droits de la femme, j’ai une requête : que l’on arrête de me qualifier de « femme forte ». J’ai le droit ? 

Je sais, ça peut être valorisant d’être fort. Mais forte pour qui ? Forte pour quoi ?

Derrière cette appellation, à priori positive et galvanisante, j’aperçois beaucoup de non-dits, d’idées préconçues et de choses qui continuent de faire mal, en silence.

A mon avis, cette dénomination met en lumière ce que bon nombre d’entre nous pensent, les femmes les premières :

« Une vraie femme… »

« Une femme, c’est sacré » , « une vraie femme ne fait pas ci, fait ça », « Les femmes sont au-dessus des hommes », etc, etc.

Je ne demande pas à être traité comme un demi-Dieu. Je ne suis pas un être suprême, ni une sorte de divinité sur Terre. Et vous voulez que je vous dise pourquoi ? Parce que de Dieu, on attend; que dis-je, on exige la perfection.

Dieu doit être juste, en tout temps. Dieu donne tout, pardonne tout, accepte tout. Il est omniscient et omnipotent. C’est d’ailleurs pour cela que personne ne se demande comment se sent Dieu. Car Dieu n’a pas d’émotion, il est au-dessus de la mêlée, il n’a pas besoin de notre amour, de notre compassion. Il est et il sera, peu importe ce que nous faisons.

Qui donc a envie d’être traité comme Dieu ? Pas moi.

Car cela voudrait dire que  je n’aurais besoin de rien ni de personne pour exister. Que je me suffirais à moi-même, et qu’au-delà de n’avoir besoin de rien, je m’épanouirais à simplement donner, supporter. Une sorte de bonté surhumaine, de force surnaturelle.

Je ne veux rien de tout cela. En tant que femme, je ne suis pas sacrée. Je veux juste être un être humain, respecté, compris, aimé. Comme n’importe quel être humain, ni plus, ni moins.

On ne devrait pas apprendre à nos fils, frères, pères que les femmes doivent être respectées parce qu’elles donnent la vie, parce qu’elles sont des êtres fragiles, ou parce qu’elles sont spéciales. Elles méritent d’être respectées parce qu’elles sont des êtres humains, tout simplement, avec tout ce que cela implique de sensibilité, d’émotivité, de faiblesses et de forces.

La fatigue, ce n’est pas pour les faibles

Le burn-out, la dépression, la souffrance mentale et j’en passe, non plus.

Je souhaiterais que les femmes prennent enfin le temps et le droit de souffler, de dire quand elles sont fatiguées, démotivées, tristes ou blessées.

On ne nous apprend que trop peu à lâcher prise. Depuis le plus jeune âge, on nous le répète « Il faut souffrir pour être belle », « une fille ne se tient pas comme ça », « si tu te comportes comme ça, tu ne trouveras jamais de mari », j’en passe et des meilleurs.

Et ça continue de plus belle à l’âge adulte. Une femme n’est jamais qu’un être humain. Lorsqu’elle n’est pas une fille, elle devient une épouse, et dans la foulée, elle doit être une mère. Tout ceci en gardant sa maison propre et agréable, les estomacs des membres de la famille remplis, son physique impeccable, sa carrière au top, et tout ceci avec le sourire, mesdames !

Je suis si triste qu’il n’existe que peu (pas?) d’espaces où les femmes puissent véritablement relâcher la pression, être comprises et épaulées.

Mesdames, prenons du temps pour nous, pour notre bien-être. Ne portons pas plus lourd que ce que nous pouvons supporter. Et si quelque chose ne nous convient pas, disons-le. La société s’en accommodera.

Mais alors, ça implique quoi au juste d’être une « femme forte » ? 

Etre forte, ça sous-entend souvent que l’on est perçu comme infaillible. Et dans ce cas, ça devient difficile, voire impossible de montrer des signes de « faiblesse », comme pleurer un bon coup ou parler de ses problèmes à cœur ouvert. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, les gens s’imaginent que ceux qui ne parlent pas de leurs problèmes, n’en ont pas.

Etre forte, ça veut dire qu’on n’a pas le droit à l’erreur ou à la compassion, car on a « tout pour nous » ou qu’on « se relèvera toujours ».

Etre forte, ça veut dire qu’il faut soutenir les autres; c’est un devoir, une obligation, parce que nos problèmes à nous, ne sont pas vraiment importants après tout.

Etre forte, ça veut dire que des gens nous admirent, comptent sur nous nous, ou sont inspirés par nous, que ce soit nos enfants, nos petits frères ou sœurs, nos amis, et bien d’autres. Nous devons être un exemple pour eux et en conséquence, il est hors de question de les décevoir. ça nous met dans la case de « rôle model », dont il est impossible de sortir ensuite.

Etre forte, ça veut dire que nous devons encaisser les pires trahisons, car nous devons bien évidemment être « au-dessus de ça ».

Et pour vous, être forte ça veut dire quoi ?

Employez-vous ce terme, dans quel contexte ? Le trouvez-vous valorisant ?

A bas les « Sois forte. Tu verras, tu te relèveras. Tu en ressortiras plus forte. ».

A partir d’aujourd’hui, je demande le droit de ne pas être forte.