Quand je dis « Favela« , qu’est ce qui vous vient en tête?

Des films: La cité des Dieux? Troupe d’Elite?favela

Les couleurs vives des bâtisses de fortune que l’on aperçoit dans le paysage brésilien ou sud-américain plus généralement ?

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Pour les plus optimistes d’entre nous, c’est peut-être le clip de Michaël Jackson, tourné en 1997 dans la favela de Santa Marta à Rio (et dans les rues de Salvador de Bahia avec Olodum)

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???Pour les pessimistes (réalistes?) en revanche, c’est certainement drogues, violences, meurtres, etc.

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Quoiqu’il en soit, on peut tous s’accorder sur une chose: Les Favelas, ça évoque la misère et la pauvreté dans la plupart de nos esprits.

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Voyons voir si on a vraiment raison de penser comme ça. La favela d’hier est elle restée la même ?

Avant de commencer,  qu’est ce que c’est une favela ?

Je vois d’ici vos regards, je lis dans vos pensées, vous qui croyez savoir qu’une favela n’est qu’un bidonville brésilien comme un autre…

Mes chers, « favela » à l’origine, c’est une plante, un arbuste. Pour comprendre comment ce mot est devenu porteur du sens qu’on lui connaît aujourd’hui, un petit retour en arrière s’impose.

Fin du 19ème siècle : Guerre de Canudos

Des colons, à la tête desquels le prophète auto proclamé Antonio Conselheiro , souhaitent s’approprier des terres dans l’Etat de Bahia, près de Canudos.

Les autochtones ripostent, n’étant pas décidés à se laisser faire. Le groupe d’étrangers est dont contraint de s’isoler et de développer une vie communautaire pendant plusieurs années. Cependant, loin d’oublier leur but ultime, ils cherchent coûte que coûte à s’imposer.

Afin de contre-attaquer, l’Etat envoie entre 15 000 et 30 000  hommes qui meurent pour la plupart au combat.

Plusieurs de ces hommes étaient originaires de Rio de Janeiro.

Sur le lieu de bataille, ils s’étaient installés sur le « Morro de Favela » (morro désigne une colline aux flancs abrupts).

De retour à Rio après cette guerre, les survivants sont laissés pour compte et font face à un problème de logement. En attendant une solution – qui, nous le savons aujourd’hui, n’arrivera pas – ils décident de s’installer dans des abris de fortune sur des morros, si nombreux dans le paysage Carioca. Ils se servent alors de tout ce qu’ils trouvent : planches et tôles issues des chantiers voisins, feuilles de palmier pour les toitures, bidons dépliés.

En souvenir de leur campement durant la Guerre de Canudos, ils nomment leur nouveau quartier : favela. Le nom se répandra finalement pour désigner tous les habitations du même genre.

Malheureusement, la situation s’éternise. Les abris faits à la va-vite s’améliorent pour devenir des bâtiments en brique, puis en béton. La couleur rougeâtre des briques devient la « marque de fabrique » des favelas. Les populations s’organisent pour la gestion de l’eau et de l’électricité. Ils mettent en place des chemins communs, des systèmes d’égout. Des escaliers défiant la gravité sont construits.. Leur créativité est sans limite ! Le commerce y prend place ; bientôt les boulangers, bouchers, coiffeurs, tailleurs et autres s’installent. Les écoles de samba, souvent placées à l’entrée des favelas, apporte un peu de gaieté. Bref, il s’agit à présent de quartiers à part entière, voire de villes dans la ville.

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Le nombre de favela s’accroît jusqu’à atteindre aujourd’hui près de 1000 à Rio. Au total, quasiment le quart de la population du Sud du pays vit dans une favela.

Qui sont ces gens?

A l’heure actuelle, le phénomène est bien plus complexe qu’initialement. Il ne s’agit plus que de manque de moyens financiers – même si, on est bien d’accord, c’est là le cœur du problème.

Aujourd’hui les fléaux se multiplient :

  • L’exode rural fait que le nombre d’habitants croit sans cesse. A cela s’ajoute l’écart qui se creuse entre les riches et les pauvres, entraînant la surpopulation des favelas.

Ainsi, la demande augmente, l’offre diminue : une spéculation foncière se crée. Résulat : A l’heure qu’il est, plusieurs personnes sont bien trop pauvres pour y vivre.

  • Les labyrinthes que représentent les favelas ont favorisé la venue des trafiquants de drogue qui y voyaient des cachettes idéales. En contrepartie, ils offraient/ent aides financières aux plus démunis. C’est ainsi que le complexe problème favela-trafiquant est né.

Pourquoi la situation perdure ?

Il faut savoir que les favelas sont généralement proches des quartiers riches car l’interdépendance entre ceux qui ont besoin d’employés de maison et les favelados qui ont besoin de ces emplois est bien réelle. Ce sont donc souvent des binômes. D’un côté la misère criarde, de l’autre l’opulence ostentatoire : Bienvenus au Brésil.

Favela Rocinha – Quartier : São Conrado/ Barra de Tijuca

Favela Vidigal    – Quartier Leblon

Favela Santa Marta – Quartier Botafogo

Favela Cantagalo     – Quartier Copacabana pour ne citer que ceux-là.

Néanmoins, habiter une favela n’est plus du tout un indicateur de sa « pauvreté » à Rio De Janeiro. Evidemment, la plupart y réside parce qu’elle n’a pas d’autres options. Mais il existe bien des gens qui y vivent :

  • Par choix :

Plusieurs touristes et gringos aiment bien s’immerger dans la « vraie vie » brésilienne de cette façon. Ça leur permet d’avoir un aperçu des réalités. J’ai moi-même sympathisé avec plusieurs d’entre eux et participé à des activités de jour comme de nuit dans ces favelas, notamment celles de Vidigal et Santa Marta. Ce ne sont pas nécessairement les plus nombreux.

La vie en communauté étant bien plus présente dans les favelas que dans les quartiers résidentiels, certains préfèrent ce mode de vie. Par ailleurs, et cela est peut-être non négligeable, la vue, une fois arrivé en haut est tout simplement à tomber.

  • Par convenance : étant donné le salaire moyen, même ceux qui peuvent s’offrir un peu mieux, préfèrent parfois se contenter d’un logement en favela et épargner un peu plus ou dépenser son argent autrement.

Comprenez-moi bien. Je n’ai pas la prétention de réellement connaître l’envers du décor des favelas. J’y suis allée quelques fois. Et à chaque fois c’était dans des favelas « pacifiées ». Donc il est évident que mon avis n’est que subjectif. Néanmoins, je pense vraiment que l’image que l’on s’en fait est exacerbée par les médias. Un peu comme en tout d’ailleurs.

Les premières fois, j’osais à peine lever les yeux et respirer. Au fur et à mesure, on se sent un peu mieux. Mais encore une fois, c’est mon expérience. Coup de chance ? Peut-être. Bien accompagnés ? Sûrement.

Deux des plus grandes favelas du pays, également réputées parmi les plus dangereuses, sont à Rio De Janeiro, ville de tous les excès. Il s’agit de Rocinha et Maré.

Pendant mon séjour, je me suis fait des copains qui vivaient ou avaient vécu à Rocinha, plus ou moins longtemps selon les cas ; Certains d’entre eux avaient plusieurs fois entendu des coups de feu ou assisté à des courses poursuites.

On pourrait s’étendre infiniment sur la question, tant elle est complexe.

Quoiqu’il en soit, j’espère vous avoir éclairé un peu.

Pour vous faire une idée, pas forcément représentative je l’admets, plusieurs films reprennent le sujet. Malheureusement, il n’y a souvent que les favelas « violentes » mises en avant.Parmi ceux que j’aime bien: Rio Ligne 174 tiré d’une histoire réelle et RIO, le dessin animé que j’adooore!

Ahh… Et au fait… Les favelas, c’est le secret le mieux gardé du Brésil. Tout le monde les voit mais (presque) personne n’en parle. Et si jamais vous vous aventurez sur ce terrain glissant, employez le terme qui convient. On ne dit pas de favela. Ici, il s’agit de « comunidade » (communauté), terme un peu moins péjoratif.