Le 18 Mars dernier, j’ai participé au salon du livre de Paris. En tant qu’auteure du Petit Manuel Du Cheveu Crépu, j’y ai été invitée autour d’une table ronde. Le thème : Je parle donc je suis; paroles d’afropréennes et d’afropolitaines.

Comme l’année dernière, ICI, cette table-ronde a été suivie d’une séance de dédicaces.

A un moment donné, durant la discussion, il m’a été demandé comment s’exprime la féminité dans mon oeuvre ? Y aurait-il un lien entre féminisme et féminité?

J’ai répondu qu’en plus d’être une féministe féminine, je souhaitais donner à mes lectrices l’opportunité de mettre en valeur leur féminité en apprenant à prendre de leurs cheveux, le plus simplement du monde grâce au Petit Manuel Du Cheveu Crépu.

De plus, j’ai précisé que j’étais contre l’idée selon laquelle les féministes étaient des personnes aigries, acariâtres ou en mal d’amour. Qui plus est, je ne vois aucune contradiction entre le fait de mettre du rouge à lèvres, des talons aiguilles et être féministe.

Par ailleurs, il n’y a pas en moi l’ombre d’une colère ou d’un mépris envers les hommes. Je ne pense pas qu’ils soient tous misogynes et je n’éprouve aucune espèce d’animosité à leur égard, en tant que groupe. Il en existe bien sûr certains qui, individuellement, méritent tous les noms d’oiseaux. Mais bon, je reste persuadée que cela reste vérifiable dans n’importe quel échantillon de la population.

L’une des autres questions qui m’a été posée est de savoir si j’avais quelque chose à dire aux femmes aujourd’hui, notamment suite aux mouvements #MeToo #BalanceTonPorc etc.

En répondant à cette question avant moi, l’une des intervenantes, Fatoumata, a dit, très exactement, ce que je constate et déplore: beaucoup de femmes se reconnaissent dans les récits d’agressions physiques, verbales, mentales. Il n’y a qu’à voir le nombre de femmes ayant participé à la diffusion des hashtags.

Mais il est assez triste de noter le peu d’hommes à en être conscients ou à se sentir concernés.

« Ah, non, moi je n’ai jamais rien remarqué d’étrange dans les transports / en cours / au travail. » ou encore « Il est juste taquin, ne le prends pas comme ça ».

Qui sont donc ces hommes qui agressent, insultent, dénigrent et violent? Si jamais aucun homme ne sait de quoi on parle? Les nombreuses femmes qui se plaignent viennent-elles d’une autre planète? Sont-elles toutes parano ?

Les hommes sont-ils tous de mauvaise foi ? Ou complètement aveugles ?

Il faut bien reconnaître qu’il y a un je ne sais quoi qui fait que plusieurs hommes éprouvent systématiquement de la compassion par rapport à leurs homologues quand bien même tous les faits prouvent que la femme qui s’exprime a été victime d’une agression.

C’est un peu comme si reconnaître que l’un d’entre avait quelque chose de mal les mettait également en cause. C’est le fameux « Tous les hommes ne sont pas comme ça… / Oui, mais pas tous les hommes… ».

Aussi, pour tenter d’échapper à ce qu’ils considèrent parfois comme une attaque envers leur propre personne, ou pour discréditer celle qui parle, on entend souvent par exemple « Est-ce que tu es sûr qu’elle ne l’a pas cherché ? A t-elle crié? Elle a vraiment dit non? Comment était elle habillée ? Peut-être qu’il a cru qu’elle était d’accord. Après tout, vu son attitude, c’est évident qu’elle l’a un peu cherché… »

On cherche par tous les moyens à montrer que l’homme accusé ne peut pas l’avoir commis. Et à démontrer que la victime n’en est pas vraiment une.

Je trouve cela vraiment ignoble…

C’est un peu comme si les hommes et les femmes ne vivaient pas dans le même monde, ne faisaient pas face aux mêmes réalités.

Je pense que, malheureusement, c’est effectivement le cas. L’un des groupes ne comprend pas la douleur et la peine causée par l’autre. Le 1er est dominant et exerce sa force et son contrôle sur le 2ème, qui n’en a pas toujours conscience. Et lorsque le groupe, généralement lésé s’exprime, il est traité de pleurnichard, de susceptible, de faible ou de menteur.

Et à mon avis, les hommes n’en sont pas les seuls responsables.

Ce que l’on appelle à juste titre la « culture du viol« , est l’ensemble de tout ce qui, dans la société, sert à créer un climat favorable aux agressions en tout genre à l’encontre des femmes.

Ce sont donc tous les stéréotypes, les « blagues », les remarques et les actes qui permettent qu’on pense par exemple plus à l’avenir d’un agresseur (en lui trouvant des circonstances atténuantes), qu’au ressenti d’une victime : « Oui, mais tu sais, les hommes sont des animaux. Ils ne sont pas faits comme les femmes » « Tu sais, c’est compliqué. On ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. Peut-être qu’il ne voulait pas lui faire de mal… »

Qu’est ce qui ferait donc des hommes des animaux ?

L’alimentation ? On a la même.

L’environnement ? On respire le même air, vivons sur la même planète, dans les mêmes pays.

A mon avis, c’est l’éducation, principalement.

Il est primordial de rectifier le tir et de changer l’éducation que l’on donne, aux garçons, c’est certain, mais aussi aux filles. Car on ne peut pas continuer une éducation à 2 vitesses tout en espérant créer un monde équitable.

Pour finir, je dirais que le féminisme et la féminité sont deux choses bel et bien compatibles, encore faut-il qu’on leur permette exister. Et cohabiter.

Les thèmes abordés étaient extrêmement sérieux et poignants, mais nous avons passé un très bon moment.

Merci au Pavillon de lettres d’Afrique de m’avoir conviée pour la 2ème année consécutive.

Et merci à ceux qui ont fait le déplacement.