Lorsque je me noie dans le bonheur et la félicité, c’est inévitable : je grossis.

Et lorsque je traverse vents et marées, que je suis vraiment stressée, je n’y peux rien, je grossis.

Les kilos qui vont et qui viennent, je connais bien. Et ça ne m’a jamais vraiment embêtée. Car je sais que tout comme ma personnalité, mon corps est fait pour évoluer, changer, s’adapter.

Aussi, lorsque je prends du poids et que je m’entends dire « Mais tu as grossi dis donc ! », en dehors des taloches que j’ai envie de mettre, j’ai surtout envie de répondre « Merci pour ce constat. C’est vrai que tous mes miroirs sont cassés et que sans toi, je ne m’en serais pas rendue compte. ».

Mais j’abandonne. Car bien souvent, cela ne mène à rien de productif.

Depuis, un (très) heureux événement s’est produit dans ma vie (j’en parlais ici).

Et les réactions sont très variées face aux kilos pris. Certains tentent de se montrer encourageants. J’entends souvent « ça va, pour une *moussonfi*, tu n’as pas tant pris que ça » ou encore « tu as pris du poids mais ne t’inquiète pas; tu vas vite perdre ».

D’autres sont intransigeants (sur le corps de quelqu’un d’autre, really!?) et n’hésitent pas à te balancer du « ouh la la, tu as vraiment pris du poids hein ! / ton masque de grossesse n’est pas encore parti on dirait ! ».

Comme s’il y avait une course qu’il fallait remporter en éliminant aussi vite que possible nos kilos après accouchement.

Alors, comment on se sent physiquement après avoir donné la vie ?

Comment retrouver son corps après bébé ?

D’abord, que les choses soient claires: je n’ai pas à retrouver mon corps, car il n’a jamais disparu. Il s’est transformé pour nous apporter le plus beaux des cadeaux. Et faire la chose la plus belle qui soit: donner la vie.

Pour réaliser cet exploit, il a dû s’engraisser, s’épaissir, se transformer, pendant 9 mois.

Je ne lui en veux pas. Au contraire je lui suis infiniment reconnaissante.

J’ai voulu vivre une grossesse apaisée, loin des profondes réflexions qui sont parfois les miennes.

Je me suis posée un tas de questions, j’ai douté de plein de choses, plus ou moins importantes. Mais pour la nourriture, une chose était sûre : j’allais me faire plaisir, et à mon bébé aussi.
J’ai refusé de nous priver (sans gros excès non plus) et j’ai mangé tout ce dont nous avions envie même si sur la fin, (me nourrir de mangues, de kiwis et de milkshakes), ça devenait franchement ridicule.

Au début, mon poids était plutôt stable et puis petit à petit, les kilos se sont accumulés. A partir du 6ème mois, la prise de poids est devenue de plus en plus importante pour finalement frôler les 20 kgs quelques jours avant l’accouchement.

20 kgs ça paraît énorme n’est-ce pas ?
Eh ben, je trouve que ça l’est.
MAIS… Encore une fois, je refuse de me mettre une pression pour ça.

Dans les 2 semaines qui ont suivi mon accouchement, j’ai perdu une douzaine de kilos sans aucun effort.

Et j’avoue que je me suis emballée en pensant qu’un mois plus tard, ils se seraient tous envolés.

Mais non. Les premiers kilos représentaient le poids du bébé, du placenta, des liquides (eau et sang) qui n’étaient plus présents dans mon corps après l’accouchement. Mais pour le reste, il s’agit bel et bien de kilos qui m’aiment tellement qu’ils s’accrochent à moi.

Et je l’avoue, j’ai voulu les exterminer au plus vite. Comme si je voulais me prouver quelque chose. Comme si perdre ses kilos supplémentaires le plus vite possible ferait de moi une warrior.

Heureusement, je me suis vite fait une raison.

« Nathalie, ton corps a changé mais regarde ce que ça t’a apporté ! Un magnifique bébé en pleine forme ! »

Je destresse.

Il y a eu quelques semaines où j’étais obsédée par la balance. Et où je scrutais le moindre gramme perdu comme si sans ça, je n’avais pas de raison d’être heureuse ou fière de moi.

Pourtant, elle était juste sous mon nez, la plus belle raison du monde.

A vrai dire, si je n’avais pas eu connaissance de ces chiffres (poids avant, pendant, après…) je ne me poserais aucune question.

Mais ce sont bien les chiffres et la balance qui m’ont alarmée et m’ont donné envie de tout éliminer le plus vite possible.

Aujourd’hui, j’ai presque envie de dire que je chéris mes kilos restants (près d’une dizaine tout de même, car depuis je perds, puis je reprends, et ainsi de suite), parce que d’une certaine façon, ils représentent le cheminement de toute cette fabuleuse aventure.

Alors, oui, je me sens lourde, je me sens ralentie mais ma foi, je SAIS que c’est passager et que lorsque le timing sera bon, je retrouverai mon poids antérieur.

Posez-vous la question 2 minutes, que vous ayez récemment accouché ou pas :

Qu’est-ce qu’un corps ? À quoi sert-il vraiment ? À être joli, à être fonctionnel ? A vous plaire ou à plaire aux autres ?

Des kilos en plus, des kilos en moins, franchement, qu’est-ce que c’est comparé à cette joie immense qui est la mienne aujourd’hui ?

Je n’aime pas forcément mon poids (le chiffre) mais je n’ai aucun problème avec mon corps et je prends mon temps. Je profite de la vie avant de peut-être reprendre le chemin de la salle de sport et de m’attaquer (vigoureusement) à ces quelques kilos en plus.

Je veux profiter à fond de cette jolie parenthèse et chères moussonfi*, vous devriez faire de même.

Prenez le temps de souffler, de profiter de votre bébé, de prendre soin de vous (et de programmer une rééducation du périnée) avant de vous attaquer à vos kilos de grossesse. Éloignez vous de la balance, au moins pour un temps, et profitez. Pour une fois, profitons.

*moussonfi désigne une femme qui a récemment accouché en yipunu, langue gabonaise. Le terme est désormais entré dans la culture populaire et est utilisé par toute la population gabonaise.