» On me dit que nos vies ne valent pas grand-chose,

Qu’elles passent en un instant, comme fanent les roses,

On me dit que le temps qui glisse est un salaud, 

Que de nos chagrins, il s’en fait des manteaux… »

Il est des choses qui, sans crier gare, chamboulent votre vie. Des événements heureux, c’est certain. Des événements malheureux, on s’en doute. Mais parfois aussi, des événements presqu’anodins.

Lorsque j’ai appris que l’Azur window (dont je parlais ICI) s’était effondré et avait disparu à jamais, j’ai poussé un grand cri.
Je me souviens, c’était il y a quelques jours à peine; j’étais assise dans le canapé et en regardant les images avant – après, je suis restée pendant plusieurs secondes, bouche ouverte, yeux écarquillés.

Mister – chéri a cru à une triste nouvelle et s’est empressé de me demander ce qui n’allait pas. Je me suis alors mise à chercher des photos prises un an plus tôt, comme si je voulais me prouver que j’avais bien été là, à cet endroit précis.
C’est fou comment le souvenir de cet endroit, qui n’avait aucune sorte d’importance dans mon existence cinq minutes plus tôt, semblait maintenant me hanter.

La fenêtre Azur, je n’y avais pas pensé depuis plusieurs mois; comme tous les touristes, j’étais allée à Malte, je l’avais vue, j’étais revenue. Point final. Mais en apprenant sa disparition, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était bien triste.

Il y a quelques jours encore, des amies de passage à Malte comptaient y aller. Mais à cause des mauvaises conditions climatiques (d’ailleurs à l’origine de cette subite disparition), elles ont été contraintes d’annuler.
C’est une sensation très étrange d’avoir connu quelque chose que personne ne pourra plus jamais connaître.

L’analogie pourrait sembler incongrue mais cela m’a fait penser à la perte d’un être cher. Suffisamment cher pour que notre cœur soit blessé en cas de disparition, mais pas assez cher pour que nous y pensions forcément tous les jours.
Vous savez, ces personnes que l’on porte dans son cœur sans vraiment le leur dire, sans les fréquenter, à qui on ne parle pas si fréquemment que ça au final.
Oui, ces gens que l’on appelle amis, cousins, frères, ou parents, proches ou éloignés et que l’on n’a plus jamais le temps de voir ou de contacter. Parce qu’on n’a plus le temps, tout court.
Ils sont rangés dans un coin de notre esprit, avec les souvenirs agréables ou les périodes charnières, comme sont rangés les albums photos dont on ne veut pas se séparer mais que l’on ne garde pas à portée de main.

Fermez les yeux et pensez à ce membre de votre famille ou cet ami décédé que vos enfants ne connaîtront jamais… Pensez à tous les bons moments passés ensemble qui n’auront plus jamais le même goût, dont vous ne pourrez plus jamais parler de la même façon.
Cette blague fétiche que vous seuls connaissiez et que vous ne pourrez plus tout à fait raconter de la même façon.

Comment vous sentez-vous en sachant que des personnes dont vous avez été ou êtes extrêmement proches, ne seront un jour que de l’histoire ancienne ?

Parfois nos parents, nos grands-parents nos amis nous parl(ai)ent, sourire aux lèvres de leurs parents ou grands-parents que l’on n’a pas connus. Mais ce n’est que lorsque nos propres parents, grands-parents ou amis commencent à manquer de santé, de jeunesse ou de force que l’on se rappelle que l’éternité ne dure qu’un temps.

Quoiqu’il en soit, la fenêtre maltaise fait désormais partie du passé. C’est comme si j’avais rêvé, comme si elle n’avait jamais existé.

Un jour je parlerai peut-être à mes enfants de ce voyage que j’avais fait en 2015, du temps où la fenêtre existait encore (« Wouuuaaah, mais c’était quand y avait encore des dinosaures, maman ? Ça doit faire très très très longtemps… »).

J’aurai beau leur montrer des photos ou leur raconter l’histoire, de la fenêtre maltaise ou de mes proches disparus, ils ne sauront jamais vraiment.

Quoique l’on fasse ou dise, ces images, ces bruits, ces odeurs et toutes ces sensations resteront à jamais dans le passé. C’est donc à nous de les faire exister, maintenant et à jamais car l’éternité existe bel et bien, mais seulement un court instant.