Quelques jours se sont écoulés depuis mon retour du Sénégal et les mots se bousculent dans ma tête pour tenter de décrire au mieux l’expérience que j’y ai vécue.

Parmi les lieux emblématiques visités, il y a en tête de liste, Gorée. Cette île, dont on a tant entendu parler mais qui, tout compte fait, ne se laisse pas si bien cerner.

Après une demi-heure de chaloupe, nous y avons accosté un dimanche en tout début d’après-midi alors que le soleil était au zénith et que le ciel était dégagé. Nous étions accompagnés de notre guide, une pépite,  Diop-Le-Maire, qui nous a fait visiter l’île, en prenant soin de nous expliquer les grandes lignes de l’Histoire de Gorée mais aussi les petites anecdotes qui en font le charme. 

Nous avons bien sûr été à la maison des esclaves. En chemin, nous nous sommes arrêtés devant la statue de la libération de l’esclavage, puis nous sommes montés jusqu’au fort Saint-Michel et avons écouté Diop-Le-Maire nous raconter comment le canon français sous nos yeux n’avait tiré qu’une fois: en 1940, pour couler un navire anglais. A ce jour, l’épave du navire est toujours présente sous l’eau et oblige les chaloupes amenant les visiteurs à Gorée à faire un détour.

Lorsqu’on se trouve au fort Saint-Michel, il est possible d’admirer d’un côté, le Mémorial des esclaves dont la forme représente la voile d’un navire et de l’autre, le  panorama sur Dakar.

Nous avons continué notre visite en parcourant l’allée des baobabs, tout en contemplant les oeuvres d’art et les toiles des artistes de l’île.

Puis, nous sommes passés devant l’école d’excellence féminine « Mariama Ba » et l’église Saint-Charles Borromée. Ci et là, nous avons acheté quelques souvenirs et discuté avec des commerçants avant de nous  arrêter manger au restaurant Le Fassy.

La maison des esclaves 

La  » maison des esclaves « , comme on l’appelle, appartenait à la signare Anna Colas Pépin; « signare » étant le titre donné aux femmes noires ou métisses,  qui de par leurs concubinages avec des européens faisaient partie de « la haute » à l’époque (à partir du 15ème) – signare est une francisation du mot senhora en portugais.

La construction de cette maison, qui serait la dernière esclaverie de Gorée date de 1780 à peu près tandis que les toutes premières esclaveries  remontent à 1536.

Dès l’entrée dans la cour, le regard du visiteur se dirige vers « la porte du non retour », celle-là, qui, dit-on, une fois franchie, ne laissait  plus place au moindre espoir.


De part et d’autres de cette porte, tristement célèbre, se trouvent les différentes cellules où étaient entassés les hommes, femmes et enfants. Leur présence dans ces cellules pouvait durer plusieurs mois, le temps de les engraisser puis de  leur trouver une place dans les navires ou en Amérique; tout cela en prenant bien soin de séparer les membres d’une même famille.

Au-dessus, se trouve de larges pièces à vivre, servant aujourd’hui de salle d’exposition. Autrefois l’étage aurait, dit-on, servi de lieux d’habitation pour les colons, qui, depuis leur table,  leur salon ou leur lit, pouvaient apercevoir, entendre et sentir la douleur infligée aux africains qu’il réduisaient alors en esclavage.

Mon avis sur Gorée 

Si l’on se rend à Gorée sans connaître son passé (ce qui est plutôt difficile, je le reconnais), on pourrait se croire sur une île sans histoires, simple lieu de villégiature des dakarois, sans jamais soupçonner qu’à cet endroit même, des personnes ont été arrachés à leur Terre.

Du long de ses ruelles aux couleurs chaudes, l’île ne laisse que peu transparaître la douleur qu’elle a connue, la souffrance, l’horreur et la misère qu’elle a vues.

Aussi, bien qu’ayant été touchée par les récits qui nous ont été contés, je suis persuadée qu’il existe, derrière ces façades accueillantes et chaleureuses, beaucoup de non-dits et de récits plus authentiques.

Je me souviens que Diop-Le-Maire nous a dit que la devise de Gorée est :  » Nettoyer c’est bien, ne pas salir, c’est mieux. « .  Il parlait de la propreté des rues mais je ne peux m’empêcher de penser qu’à trop vouloir polir Gorée et la rendre plaisante pour les touristes, elle a peut-être été dénaturée.

Pour ma part, je reste assez mitigée sur Gorée en général, et la maison des esclaves en particulier. Je n’ai ressenti que peu d’émotion sur place. A titre de comparaison, j’ai eu beaucoup plus d’émotions en visitant Robben Island à Cape Town (Afrique du Sud). 

A Gorée,  tout fait très « musée », très propret, trop rangé, cadré, bien comme il faut. On a l’impression que tout a été placé à un endroit précis pour nous amener à ressentir quelque chose de précis. 

Comment expliquer ce sentiment ?


Je l’ignore. Est-ce l’affluence, constante, qui empêche de s’imprégner de l’atmosphère ? La barre était-elle trop haute ? Peut-être que j’ai vu trop d’images et lu tellement de récits, que j’ai fini par être blasée… Ou alors, j’ai malgré moi, fini par me laisser convaincre par les détracteurs de l’île qui disent qu’elle n’est qu’une belle mise en scène, étant donné le nombre très faible d’esclaves y ayant transité. 

Qu’à cela ne tienne, nous sommes aujourd’hui le 10 Mai et c’est la journée de la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

J’en profite pour saluer vivement les efforts de l’état Sénégalais pour cette conservation du patrimoine, sénégalais, africain, mondial. Car pour commémorer, il faut se souvenir, et c’est ce genre de lieux qui  garde notre mémoire collective vive et nous aide à ne jamais oublier.

Il serait souhaitable que d’autres lieux historiques africains, à l’image de Gorée ou Ouidah,  soient aussi bien conservés et rendus accessibles au plus grand nombre. Je pense notamment au port négrier de Bimbia au Cameroun, qui, bien qu’ayant vu le départ de plus d’esclaves que Gorée, demeure méconnu.

Gorée est une île bien plus mystérieuse qu’il n’y paraît. Et je pense qu’une 2ème visite ne sera pas de trop pour mieux l’apprécier. 

En tout cas, elle vaut le détour. De toutes les façons, que serait un séjour à Dakar sans une visite à Gorée ?  

Et vous, avez-vous déjà été à Gorée ? Qu’en avez-vous pensé ? 

P.S.: Merci à Dannah, Malicka et Jeannie pour certaines photos. 🙂