Depuis que je suis majeure, je voyage plusieurs fois par an. En Europe principalement, mais aussi en Amérique du Sud, en Asie et maintenant en Afrique.

Et pour moi, un voyage n’est jamais complet sans son lot de photos. Ces instants que l’on vole, et que l’on garde prisonniers, pour toujours.

On les prend, parfois sans réfléchir, souvent sans demander la permission.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, cela devient de plus en plus incontrôlable. On veut tout filmer et tout partager, avant même de l’avoir réellement vécu. De notre petit déjeuner à nos achats, en passant par ce que l’on voit dans les musées, on filme tout. Sans jamais vraiment s’interroger.

Un beau coucher de soleil ? Click.

Un bol de chocolat chaud et un croissant ? Clack.

Une rencontre avec une femme masaï ? Click, c’est dans la boîte.

Si pour les paysages ou les petit-déjeuners, je n’ai que peu de scrupule, j’avoue avoir du mal lorsqu’il s’agit de photographier des êtres humains en voyage.

Prendre leur image sans leur consentement et la ramener chez moi comme un trophée de guerre me pose problème.

Où donc se situe la limite entre l’acceptable de ce qu’il est possible de filmer et ce qui relève dela sphère privée ?

C’est une question que je me suis déjà énormément posée, notamment au Pérou ou à Salvador de Bahia, où j’ai photographié pas mal de personnes à leur insu.

Lors de mon dernier voyage au Kenya, je me la suis à nouveau posée: Qu’avons-nous vraiment le droit de filmer ?

Au Kenya, l’attrait pour les Masaï fait qu’ils sont aujourd’hui contraints de monétiser leur image. J’ai trouvé cela, non seulement affligeant, mais c’était aussi franchement pénible. La rareté des touristes ces dernières années, leurs conditions de vie de plus en plus difficiles, font qu’ils n’ont tout simplement, pas d’autre choix.

Lors de notre excursion au parc d’Amboseli, nous en avons rencontré à l’entrée du parc. Ils nous persécutaient presque pour acheter leurs produits.

Disons que se faire interpeller de façon insistante pour acheter des produits, j’ai « l’habitude ». C’est le mode de fonctionnement dans bien des points de vente en Afrique. Au Sénégal notamment, c’était déjà le cas, au Lac rose, ou au marché.

Mais j’avoue que l’aspect « payez-moi pour que l’on prenne une photo ensemble » m’a déroutée.

Je ne dis pas que je n’aie pas été tentée de le faire, je dis que justement, devoir faire un tel choix en 2018, m’a déstabilisée.

J’aurais adoré prendre un magnifique cliché d’une femme masaï aux innombrables colliers de perles ou d’un homme avec sa lance, comme on en voit souvent dans les magazines ou sur les blogs de voyage. ô que oui, j’aurais adoré. Mais cela ne m’empêche pas de me poser des questions :

Est-ce éthique ? Où est l’authenticité dans ces clichés ? Que représentent-ils vraiment pour nous ? Cela ne leur enlève t-il pas un peu de dignité de poser ainsi ? Nos appareils, braqués sur eux, n’en font-ils pas des bêtes de foire ? 

Autant de questions qui me traversent l’esprit …

Je n’ai pas de réponse. Et évidemment, je ne me positionne pas en donneuse de leçon.

Au contraire, je ne demande qu’à échanger et à avoir votre avis sur la question.

Prenez-vous en photo ce(ux) que bon vous semble en voyage ? Vous fixez-vous des limites ?

Quelques jours après notre safari, nous nous sommes rendus au Masai Market, où j’ai fait la connaissance de Liyah sur son étal. Je lui ai acheté quelques bijoux et timidement, je lui ai demandé si nous pouvions faire une photo. Elle a accepté et à la fin, a tenu à voir le résultat. La commerçante qui nous a prises en photo a dit que Liyah et moi, avions des airs de ressemblance. Elle a souri. Moi aussi.

Et je suis partie. Je l’avoue, j’étais bien contente d’avoir cette photo. Ma photo avec une masaï, une vraie. Enfin.

Mais je n’en étais pas vraiment fière…

J’ai remarqué que lors de mes voyages, l’envie d’avoir la meilleure photo devient omniprésente; Et il devient de plus en plus difficile de se concentrer sur l’essentiel, de profiter du moment, pour moi, pour ce qu’il est. C’est quelque chose qui, pour ma part, mérite vraiment d’être travaillé et amélioré.